Un an au Japon, bien plus que ce que j’ai toujours rêvé.

🇨🇵FR 

Bonjour !

Après un an d’échange universitaire au Japon, je suis revenue en France le 30 août 2017.
Je m’excuse pour tout ce retard. Dès le second semestre en avril, j’ai été rapidement débordée par les études et activités, ce qui explique l’abandon temporaire du blog.
Dans cet article, je raconte cette année qui a été riche en découvertes.

 

Je suis partie en septembre 2016 bien préparée. Grâce à mes cours à l’université, j’avais un petit niveau de langue suffisant pour me débrouiller sur place comme demander la direction ou commander à manger. J’avais un logement qui m’était attribué pour toute l’année. Quelques économies et une bourse d’études. Un tuteur qui m’accueillait le jour de mon arrivée et m’accompagnait pendant un mois dans mes démarches administratives, pour me faire découvrir la ville et l’université. J’étais surprise moi-même d’être aussi prête. Tout devait bien se passer. J’avais des projets plein la tête. J’étais déjà passionnée par ce que cette année allait me réserver.  Cependant, une fois arrivée sur place, mon voyage a pris une autre tournure.

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Je me suis pris un grand revers dans la figure. L’adaptation n’était pas aussi simple. Un choc qui m’a redescendu de mon petit nuage. D’abord, j’étais fatiguée de mon vol. J’ai eu une escale à Pékin très angoissante. Le genre de situation où l’on croit que l’on restera bloqué dans un pays pour toute sa vie. Mais le plus grand choc a été mon incapacité à communiquer. Tout au long du premier mois, les jours étaient difficiles et source d’anxiété. Pendant deux semaines, ma vie était un cauchemar. J’étais seule, là-bas. Chaque soir au moment de me coucher, mes angoisses me noyaient. C’était des crises à répétitions. Je pleurais sans pouvoir m’arrêter. Je tremblais sans pouvoir me calmer. Même allongée, tout tournait à grande vitesse et me secouer dans tous les sens. J’avais l’impression de tomber dans un puis sans fond. J’étais persuadée que je n’arriverais jamais à m’en sortir. Que j’étais nulle. Que j’étais stupide. Je voulais repartir pour me réconforter dans mon petit cocon. Je me haïssais. Mais entendre et lire les messages d’encouragements de mes proches, voir autant de personnes derrière moi à me soutenir et à suivre mon expérience me faisait le plus grand bien. Ils étaient ce dont j’avais besoin, ils m’ont redonné de la force, ils croyaient tous en moi. Grâce à eux, j’ai pu avancer.

Avant que les cours commencent, j’étais très décalée. Je m’endormais vers 6h du matin, je passais mes nuits sur Skype, ça m’apaisait, ça me permettait de trouver le sommeil. Je sortais vers 17h pour faire mes courses et découvrir petit à petit l’extérieur. Lorsque les cours ont commencé, j’étais vraiment décalquée. Mais très vite, j’ai retrouvé un rythme scolaire. J’ai rencontré mes camarades de promo et ça allait un petit peu mieux. Des groupes s’étaient déjà naturellement formés, majoritairement par nationalités. Moi, j’étais la seule française et la seule francophone. J’ai décidé de me mettre rapidement en contact avec les autres étrangers et j’ai commencé à sortir. Bloquée par mon manque de confiance en moi, ce n’était pas l’épanouissement totale, mais ça allait mieux. Ce qui était très important pour moi, était de me faire des amis, trouver une zone de confort. Je me suis rapprochée des étudiants qui suivaient les mêmes cours de japonais que moi. Au début, je n’étais pas très à l’aise car tout le monde résidait à Kyushukyusha ou Gakuseiryo, les deux dortoirs du campus. Ils se connaissaient, avaient leurs private jokes… J’étais la seule de Kaikan, le dortoir du centre-ville. Mais rapidement une ambiance détendue s’était installée. Notre professeur était drôle, dynamique et avait une bonne pédagogie. Aller en cours de japonais devenait une source d’apaisement et d’amusement pour moi. J’ai pris du plaisir à étudier la langue. Pourtant, on était évalué toutes les semaines, tests de vocabulaire et devoirs à rendre, et plus on avançait dans le programme plus le niveau et le rythme se corsaient. Les autres cours que j’avais choisi n’avaient aussi rien à voir avec mon cursus mais répondaient à mes attentes selon mes projets. Sur les deux semestres , j’ai eu la chance d’avoir des cours d’Histoire et culture, de communication interculturelle, d’analyses de manga, d’animation et du cinéma japonais, d’environnement et développement durable et de linguistique. Une année d’études très enrichissante qui m’a ouvert l’esprit sur beaucoup de sujets et m’a permis de progresser très vite en langues. D’ailleurs, la monstrueuse charge de travail au second semestre m’a permis de devenir plus à l’aise à l’oral en anglais, de réfléchir rapidement sur des projets de présentations en groupes avec de grandes diversités culturelles. Le rythme devenait éprouvant, déprimant souvent mais à aucun moment je n’ai baissé les bras car je voyais mes progrès. J’avais laissé tomber l’idée de trouver un petit boulot. Me concentrer sur les études était plus important. Pourtant, cela m’aurait permis de progresser en japonais, avoir un aperçu du monde du travail et de gagner un peu d’argent qui m’aurait bien aidé.  Malgré un départ inquiétant, j’ai rempli pleinement certains objectifs. Des difficultés c’est certain, mais un résultat plus que satisfaisant.

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C’est au mois d’avril, après les grandes vacances de printemps, sept mois après mon arrivée, que je me suis totalement épanouie. Le quotidien devenait plus familier. Je commençais à me sentir chez-moi.

DSCN2321Avoir du temps libre pendant les vacances m’a permis d’explorer un peu plus ce pays qui me fascinait tant. J’ai fait un voyage d’une semaine dans la région du Kansai, à Kyoto, Nara et Osaka. avec mes colocataires actuels qui venaient en vacances. Je partais à l’aventure pour la seconde fois. Avec mon sac à d’eau chargé à bloc, j’ai traversé la mer intérieur en ferry pour rejoindre Honshu. Je ne me sentais pas touriste mais voyageuse. Je n’avais pas tellement de programme. Les visites se décidaient le soir-même pour le lendemain. J’ai pu lâcher prise et me laisser transporter par mes envies. Je me sentais libre, rien ne me retenait, rien ne me faisait peur, ni les inconnus ni moi-même. Depuis que je suis partie au Japon, je ne m’enfuyais plus lorsqu’on m’interpellait, naturellement je répondais. De brèves bavardages à de surprenantes rencontres, j’ai accordé à tous ces curieux inconnus le temps d’échanger. J’ai surpassé des peurs et ma timidité. J’ai rencontré beaucoup de gens avec des savoirs, des inspirations, des cultures différentes. Échanger c’est se sentir exister. Ils ont changé mon regard sur le monde et sur moi-même comme je l’ai certainement fait pour eux. Je donnais et je recevais. Ils ont été le fuel de mon voyage. J’ai été émerveillé par tout ce que je découvrais. J’ai réalisé certains rêves : grimper le Mont Inari à travers les torii de Fushimi Inari, voir Kinkakuji le pavillon doré, déambuler les rues d’Osaka de nuit, caresser les daims de Nara…

Je me suis souvent retrouvée seule comme très entourée. Être seule m’a ouvert les voies de l’indépendance et de l’exploration. J’ai essayé, expérimenté, j’ai appris des choses que je n’avais jamais su, j’ai vu des choses que je n’avais jamais vu, j’ai fait des choses que je n’avais jamais fait. Un voyage initiatique. Je suis tombée plusieurs fois, des galères qui semblaient insurmontables, des déceptions de moi-même aussi. Un voyage qui a été un vrai ouragan émotionnel.

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Mes relations avec les autres étaient différentes de celles que j’ai toujours connus. Une autre alchimie. Quelques mois après mon arrivée, j’ai trouvé une place qui me convenait accompagnée de personnes merveilleuses.

 

 

 

 

Dès avril, je faisais des sorties récurrentes au bar à thème « otaku »  nommé « OtaLabo » avec mes amis Hongrois. On était un peu les stars là-bas. Les seuls et premiers clients étrangers. Là-bas, on pouvait se lâcher, chanter nos génériques d’animés préférés jusqu’à 1h du matin, parler de nos passions avec les autres clients et barmen, améliorer notre japonais. Je sortais tous les jours. Je faisais de ce nouvel environnement miens, je me l’approprié comme je continuais de l’explorer. Je me sentais un peu maître de deux mondes. Je me sentais l’étrangère et la résidente. Je me suis fait plaisir et ça m’a fait du bien! On craque facilement pour tout au Japon. D’une babiole traditionnelle à un porte-clé « kawaii ». J’étais bien plus passionnée qu’avant. C’était une atmosphère qui me faisait du bien.

Ce qui me rend heureuse au Japon est cette profonde et fondamentale gentillesse. Toute cette générosité, cette paix et ce profond respect envers tout… Je suis admirative. En un an, je n’ai jamais vu une dispute dans la rue. J’ai toujours été aidé, quand même je ne le demandais pas. On pense d’abord aux autres là-bas. On entretient l' »harmonie » entre tout le monde. Le Japon est un pays éducateur je pense, car on finit par faire toujours attention aux autres.  On devient plus volontaire, plus responsable, moins individualiste, plus patient. Je pense que c’est dans ce sens là qu’une société devrait fonctionner. Au retour en France, on se rend compte qu’il y a un terrible problème.

En tant qu’étrangère et principalement française, j’étais un peu l’objet de fascination parfois. Surtout à Oita. Moins d’étrangers, plus de curiosité. Beaucoup de personnes m’arrêtaient dans la rue pour me parler, ils me posaient toujours la même question « Pourquoi Oita? ». La plupart des habitants n’étaient pas au courant que l’université de leur ville proposait un programme pour les étudiants étrangers. Ils ont toujours été ravi de le découvrir. Les Japonais adorent lorsque les étrangers s’intéressent à leur culture et ils peuvent en parler pendant des heures! Il m’est arrivé qu’on me propose de m’emmener en visites. Lorsque que j’ai clôturé mon abonnement d’eau, l’agent m’a fait un grand discours pour me remercier d’être venue au Japon et m’a demandé la faveur de transmettre les bonnes valeurs du pays à ma famille et mes amis. Il s’est ensuite incliné un million de fois (j’exagère mais… c’était long, et gênant) et m’a offert une bouteille de thé glacé et du chocolat. J’étais très étonnée, j’avais envie de lui donner quelques chose en retour. Mais ma douloureuse facture d’eau à fait l’affaire, haha ^^’. Autre anecdote: lorsque je me présentais en tant que française, j’étais systématiquement « belle » à leur yeux. Notre pays est très populaire au Japon. Quelques amis me faisaient remarquer jalousement mais avec plaisanteries qu’il n’y en a que pour la France là-bas (nom d’enseignes, restaurants, expositions,…).

Au second semestre, j’ai rempli beaucoup d’objectifs qui ont bien remplis mes journées. J’ai intégré le club de Yosakoi de l’université, de la danse japonaise très dynamique mêlant traditionnel et modernité qui se pratique lors des « matsuri » (= festivals). J’avais 3 cours par semaine de 18h à 21h… c’était intense! Ce club comportait 36 membres qui m’ont accueilli chaleureusement, autant vous dire que j’étais un peu une mascotte. La seule étudiante étrangère du club. Je n’ai participé qu’à un seul festival. Intégrer un club au Japon demande énormément d’investissement que ce soit personnel et financier. Le costume fait sur-mesure coûtait très cher, je n’ai acheté que le pantalon et les « naruko » (instruments en bois avec lesquels on pratique le yosakoi). J’avais l’impression d’intégrer une famille. Il y a un fort esprit d’équipe, j’ai adoré l’expérience. C’était le club de sport que je rêvais de rejoindre. Les entraînements étaient durs. On enchaînait les chorégraphies même sans les connaître, même sous la lourde chaleur humide du mois de juillet. C’est fou l’énergie dépensé. Le Yosakoi c’est de la danse, c’est du spectacle et c’est des cris de guerre et d’encouragements durant la danse. J’ai adoré cette ambiance très folklorique. Pour mon anniversaire et mon dernier jour d’entraînement, tout le monde m’a écrit d’adorables mots sur une grande pancarte illustrée de dessins. Ils m’ont ensuite chanté une chanson en cœur. Ils étaient si touchants, j’ai fondu en larmes. Ils me manquent. J’ai intégré beaucoup de clubs de sport en étant enfant et adolescente, je peux vous assurer qu’on ne retrouvera pas une telle énergie, une telle bienveillance envers les uns et les autres et une telle gaieté ailleurs. La devise la plus importante au Japon est de se faire les meilleurs souvenirs de sa vie. Alors on met toujours l’accent sur l’amitié, le respect et la bienveillance. 楽しい思い出を作りましょう!Let’s make fun memories !

De nouveaux étudiants sont arrivés au second semestre. L’ambiance était complètement différente. Les soirées au dortoir du campus se faisaient de moins en moins, les gens privilégiaient les sorties en bar. Entre étudiants étrangers, on se suivait plus ou moins. Je passais rarement mes journées et soirées seules. Avec mes amis qui résidaient à mon dortoir, il était une habitude de se retrouver dans le foyer tous les jours. On cuisinait des spécialités de notre pays à tour de rôles, buvait quelques verres, regardait des séries/films, faisait des parties de Mario Kart sur Nintendo Switch, faisait nos devoirs ensemble. C’était les moments que j’attendais le plus dans la journée. C’était si bon d’être ensemble, on vivait la même expérience, on partageait les mêmes moments, on s’entraidait, on se soutenait, on se découvrait tous les jours et qu’est-ce qu’on rigolait…

 

Les cours de japonais étaient plus difficiles. C’était le niveau N3 du JLPT. J’ai repris les cours de japonais du premier semestre pour revoir les bases, ce qui m’a beaucoup aidé. Le rythme de travail était plus soutenu. J’avais au moins une présentation par semaine. Il m’arrivait d’en avoir deux ou trois et dans toutes les matières. En classe de « projet et volontariat », nous devions travailler en groupe sur le développement économique et culturel de Kunisaki dans la préfecture d’Oita. Nous avions alors trois sorties obligatoires où nous avons travaillé bénévolement en festival, plantation de riz (en tenue traditionnelle !) et création de magazine. C’était super intéressant, exactement ce que je voulais, être en contact direct avec les locaux, exercer un métier agricole, être volontaire pour des familles, des associations, des écoles, etc. A la dernière sortie, nous avons visité un village de l’époque Yayoi (300 av. J.-C. – 250 ap. J.-C) et en collaboration avec le personnel du site, des agriculteurs et le maire de Kunisaki, nous avons créée nos propre pizzas ! Le but était de mixer les produits locaux et un ingrédient qui venait de notre pays que l’on devait apporter. Toutes les pizzas étaient délicieuses.

IMG_20170729_173655409Il faut dire que l’université d’Oita ne manque pas de proposer aux étudiants étrangers des expériences inédites. A la fin de l’année, l’université nous proposait de participer au Nanase Fire Festival et de danser le « Bon Odori » en « yukata » avec une association de (vieilles) dames qui nous apprenaient les pas et nous habillaient. C’est une danse traditionnelle et de comémoration majoritairement dansée par des personnes âgées en festival durant O-Bon pour accueillir l’esprit des ancêtres. La danse en soi était très longue car les pas sont lents et répétitifs. Par contre, l’ambiance était folkorique et chaleureuse. On était une centaine à danser en grands cercles. C’était un grand événement avec beaucoup de chaleur humaine. Je ne m’attendais pas du tout à vivre ce genre d’expérience. A vrai dire, en partant étudier à Oita, je ne m’attendais pas à ce que mon expérience là-bas soit si riche. Je le dis encore, l’université d’Oita est une petite université extrêmement bien organisée qui prend soin de ses étudiants étrangers. Ils ont une multitude de partenariats avec des entreprises, des écoles, des familles, des associations qui nous donnent l’opportunité de vivre diverses expériences. Toutes les semaines on recevait des emails pour participer à des conférences, des festivals, des sorties, des séminaires, du bénévolat, des offres de petits boulots… Le programme d’études est fait pour tout le monde, j’ai rencontré des personnes qui venaient de tous les domaines, on en apprend tellement. Je veux dire, dans quel contexte a-t-on la chance de rencontrer des personnes venant des quatre coins du monde et de tous les domaines ?

En mai, un professeur d’anglais de l’université m’a contacté pour lui donner des cours de français. J’étais super ravie qu’on me contacte enfin pour ce genre de petit job! On se donnait rendez-vous tous les mercredis après-midi jusqu’à la fin du semestre pour discuter. Il n’était pas tout jeune, mais qu’est-ce qu’il était cool! Il parlait très bien français. L’idée de leçons de français s’éloignait. On bavardait en anglais, français et japonais d’une fluidité naturelle. Il venait des États-Unis et parlait couramment japonais. Il me donnait même quelques leçons. Tous les mercredis j’avais les « Kyô no tango » (= vocabulaire du jour). Il était drôle, il faisait toujours des blagues à la con qui me faisait toujours rire et il connaissait bien les jurons français. Je me sentais toujours à l’aise, il y avaient de vrais échanges. Je suis super ravie de l’avoir rencontré, en peu de temps il a changé beaucoup de choses dans ma vision du monde.

Je ne suis jamais allée à Tokyo. Mais je ne regrette pas cette décision. J’avais le choix. Visiter la capitale ou, pour le même budget, voyager dans Kyushu. Pour moi c’était une évidence, j’avais l’opportunité de vivre sur l’île du Sud du Japon, je devais en profiter. C’est ainsi qu’avec mon ami néerlandais, nous sommes partis en voyage et avons visité le maximum d’endroits possible une fois les examens terminés. Nous avions un mois pour visiter les villes des préfectures d’Oita, Miyazaki, Kumamoto et Nagasaki. Chaque endroit que l’on visitait était différent. Entre volcan actif, gorges, grandes prairies, villes historiques, temples, montagnes et forêts, on en a pris pleins les yeux. A chaque endroits ses petites galères qui laissaient rapidement place à la rigolade et aux bons souvenirs. Une grande complicité s’était installée, le temps n’avait plus d’importance. La réalité ne nous rattrapait pas. On se suivait et on partageait le même plaisir de voyager ensemble. Les routes de Kyushu nous appartenait. C’est devenu l’île qui nous passionnait. Là où on conseillera les gens autour de nous de visiter. Là où on retournera. Cette île qui nous a émerveillé et nous a inspiré. Chaque voyage était une multitude de petits bonheurs, d’émerveillements. On se plongeait dans ses grands paysages que l’on ne voulait plus quitter. Kyushu est une île magnifique ancrée d’une culture ancestrale puissante qui nous fait vibrer à chaque pas entrepris.

Au sein de l’université, je ne me suis pas fait beaucoup de « vrais » amis japonais. C’était le cas pour la plupart d’entre nous, les étudiants étrangers. Il n’est pas difficile d’engager une conversation avec un étudiant mais ce qui était plus compliqué était d’entretenir un lien d’amitié. Une différence culturelle et des difficultés de communication qui font barrières. Alors j’avais peu de chance d’améliorer mon  japonais. J’étais plutôt rassurée de savoir que ça n’arrivait pas qu’à moi. Les quelques étudiants qui se rapprochaient de nous étaient ceux qui était intéressés par les échanges universitaires. Ils avaient un intérêt pour l’anglais et pour partir à l’étranger. Certains pays avaient leur petit succès. La France, contrairement à ce que l’on puisse penser, les faisaient moins rêver : réputée pour son faible niveau en anglais, la difficulté de la langue, les précédentes attaques terroristes… Les pays nordiques et l’Angleterre, semblaient plus prudents. Ceci dit, la mentalité n’est pas partout pareille. A OtaLabo, j’ai rencontré trois personnes avec qui j’ai créée une grande amitié, Yuki, Satomi et Takeo. Ils étaient incroyablement gentils. Avec eux et mes amis hongrois, on sortait régulièrement au restaurant ou au bar ensemble. La communication était un peu laborieuse au début car ils ne parlaient pas anglais mais chacun d’entre nous faisaient de grands efforts pour se comprendre. Petit à petit, mon japonais s’améliorait et les conversations devenaient plus agréables et intéressantes. On était toujours heureux de se voir. Les adieux étaient trop douloureux. Le dernier jour, on ne pouvait plus se quitter. Ça me déchirait le cœur de les voir pleurer. Je réalisais que bientôt 9600 km allait nous séparer. En août, avant de partir, Satomi nous a fait à chacun un grand dessin de notre personnage préféré. Le personnel du bar a écrit des petits mots d’adieux. On s’est tous promis de se revoir, de rester en contact, de s’envoyer des colis. On espère de tout cœur qu’ils viendront nous rendre visite en Europe.

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Au Japon, j’ai mangé. Beaucoup. Trop. Au second semestre, j’ai arrêté le sport pour plusieurs raisons. Une tendinite au genou est revenue, impossible de courir à nouveau. Il commençait à faire très chaud et je n’avais surtout plus du tout le temps. Mais  à cause de l’arrêt du running, de la muscu, les sorties au restaurant et les encas à n’importe quel moment de la journée, mon corps a accueilli six beau kilos en plus…

J’ai découvert le Japon sous toutes ses saisons. L’automne était très pluvieux, peu ensoleillé. Le mois d’octobre était encore chaud et humide. Étant pourtant ma saison préférée, je n’en ai pas bien profité. L’hiver au mois de février/mars était glaciale. Avec toutes les floraisons de pruniers et de cerisiers, le printemps étaient éblouissant. Une saison magnifique qui vaut bien sa réputation. Ce qui était dommage cette année était le temps très pluvieux au moment de la floraison des cerisiers ce qui m’a empêché de fêter le Hanami. J’étais tellement déçue. L’été, la saison la plus redoutée. Quand les Japonais nous parlent des différences de températures, ils annoncent toujours très prévenant « Tu verras, cet été, tu vas mourir ». Écoutez-les. L’été, c’est la mort. C’est des litres de sueurs. C’est 100% humidité. C’est les gros insectes et les cigales extrêmement bruyantes. La clim allumée H24, impossible de s’en passer. Je n’ai jamais autant transpiré de ma vie. On subit aussi les typhons et les grosses pluies orageuses. Lors des beaux jours, on ne pouvait pas apprécié une glace qu’une fois servie elle était déjà fondue. Le mois le plus chaud était Juillet. Le mois d’août s’était plutôt rafraîchis ce qui rendait plus envisageable mon voyage à travers Kyushu. Ou alors, je me suis habituée à cette chaleur de dingue.

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La rentrée en avril à l’Université d’Oita

Le retour m’a beaucoup affecté. Le choc culturel s’est ressentie directement lors de mes escales en Chine (j’en ai eu deux). Arrivée en France, je me suis sentie un peu étrangère. Au moment où il fallait descendre de l’avion et récupérer mes bagages, j’avais l’impression d’être juste de passage, simplement pour des vacances. Pourtant, je revenais bien. Définitivement. Des larmes et des larmes coulaient. Je ne me sentais plus en sécurité. Tout m’agressait : le ton sur lequel les gens se parlaient, les déchets, les mauvaises odeurs, les mecs qui faisaient des avances, les gens sales, l’arrogance des employés… J’avais l’impression de vivre dans une jungle. Pourtant je devais être heureuse, j’avais retrouvé mon copain, ma famille, mes amis. Rien n’avait changé. La vie reprenait son cours comme si rien ne l’avait interrompu.

Le retour en France a été redouté. Il a fallu cependant vite que je retombe sur mes pattes. N’ayant pas été accepté en master à Paris, j’ai choisi de m’engager en service civique et rejoindre mon copain en région parisienne. Cela me laisse du temps reprendre mes études à la prochaine rentrée et monter des projets. Mon voyage m’a inspiré. Il m’a donné des idées, des aspirations. Après un an de liberté, j’ai l’impression maintenant d’étouffer. Ces personnes avec qui j’étais si connectée me manquent. Entendre du japonais me manque. La culture japonaise me manque. Aller à l’université d’Oita me manque… . Il faut maintenant surpasser ce mal-être et faire les bons choix. Donner du sens à cette expérience et à ma place dans le monde. Je ne suis pas revenue pour recommencer la même vie, elle n’était d’ailleurs pas en pause.  Je reprends le processus d’adaptation que j’ai connu en arrivant là-bas. Je dois laisser le temps à mon entourage comme il doit en faire tout autant pour moi. Des fois, je veux tout lâcher, repartir. Peu importe où je pourrais aller, je veux rencontrer encore une fois de nouveaux horizons. Je n’ai pas fini de me réaliser et m’épanouir dans ce sens. Ce voyage a été porteur d’aspirations, qui sait dans quelques mois si je ne suis pas encore en train de m’envoler.

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Je reviendrai pour vous plonger dans mes aventures en vidéo !

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