Mon expérience dans un cercle de sport universitaire au Japon

Intégrer un club ou un cercle de sport à l’université était un de mes rêves en allant étudier au Japon. Faire une activité à l’école est une chose très importante dans la vie d’un étudiant japonais. Les motivations sont diverses : se faire des amis, apprendre une nouvelle discipline, construire des compétences professionnelles,  gagner de la confiance en soi ou même trouver un.e petit.e ami.e.

Je voulais absolument intégrer un club de sport japonais, mon rêve était d’apprendre un art martial comme le kyûdô (du tir à l’arc guerrier). Le Japon étant connu pour sa culture de la discipline, je voulais vivre cette expérience unique, être en immersion totale dans la culture japonaise et par la même occasion améliorer mon niveau de japonais.

Lorsque l’on est un étudiant étranger, on est plutôt à l’écart de toutes les complexités de la société japonaise. On n’a pas l’occasion de vivre une vie normale d’un Japonais car nous sommes tous les jours encadrés par l’université. Nous passons la plupart de notre temps avec les autres étudiants étrangers, à étudier et à visiter le pays. Quand on me pose la question aujourd’hui « Alors, voudrais-tu y retourner pour y vivre ? » je répond toujours qu’il y a une grande différence entre ce que j’ai vécu pendant un an là-bas, où tout était structuré pour que je vive une belle expérience, et la vraie vie au Japon.

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Oita University

Quand intégrer un club ?

Au Japon, la grande rentrée se fait en avril. Comme je suis arrivée à Oita en septembre, il a fallu attendre le printemps pour m’inscrire dans un club en tant que débutante.

Au retour des vacances, les clubs commençaient leurs promotions. Il y avait une multitude de grandes pancartes faites mains installées partout sur le campus. Ça faisait très old school mais typiquement japonais. On avait l’embarras du choix ! Pour se donner plus de visibilité, les clubs de musique, de danse et de théâtre animaient la cour tous les midis. Le temps s’y apprêtait à merveille, il faisait beau et bon. Je me souviendrai toujours de cette ambiance si conviviale et festive quand je traversais le campus pour aller prendre mon déjeuner à la cafétéria. C’était comme un avant-goût de vacances d’été.

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Le coup de foudre

Un jour, une performance m’a particulièrement frappé: celle du club de yosakoi. Je me souviendrai toujours de cette forte émotion que j’ai ressenti lorsque je les ai regardé danser. Le style artistique réunissait tout ce que j’aimais de la culture japonaise. Même les derniers pétales de cerisiers n’ont pas résisté à l’envie de s’envoler autour pour sublimer ce moment. C’était une grande découverte, mon cœur battait très fort. Je me suis retournée vers mes amis: « C’est quoi le nom de cette danse ? » « Yosakoi » « Je veux faire du yosakoi ! ». J’étais déjà passionnée. Je suis allée aussitôt voir deux danseuses à la fin de la performance pour leur demander si je pouvais rejoindre le club. Vu leur réaction, je pense qu’elles étaient très surprises mais semblaient ravie de m’intégrer. Elles m’ont donné les horaires d’entraînements : le mardi et le jeudi de 18h à 21h et le samedi de 15h à 18h. Ça rigole pas !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La vidéo bugue beaucoup, mon téléphone commençait à se faire vieux 😥

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Mais qu’est-ce que le yosakoi ?

Le yosakoi (よさこい) est une danse sportive de festival née dans la ville de Kochi au Japon dans les années 50. Les musiques mêlent style moderne et traditionnel. Les chorégraphies sont très énergiques et sont généralement interprétées par de grands groupes de danseurs (踊り子 – odoriko). Le yosakoi se danse souvent avec des accessoires. Les plus utilisés sont les clapets en bois appelées « naruko », un tenu dans chaque main joué en rythme avec la musique. Un danseur est désigné comme porteur d’un drapeau géant et doit le faire flotter derrière l’équipe pendant toute la durée de la danse. Les équipes peuvent choisir de danser avec des éventails, des ombrelles, des rubans, des instruments à percussion, des drapeaux, etc. C’est très créatif. Un ou deux danseurs sont aussi désignés comme « aori », ceux qui présentent l’équipe au micro, racontent l’histoire qui se trouve derrière la chorégraphie pendant la performance et poussent des cris de guerre. Dans ma team, le « aori » apprenait aussi toutes les chorégraphies. Il modifiait exprès sa voix pour qu’elle sonne plus mature ! Les cris sont aussi poussés par les danseurs, parfois plus fort que la musique pour donner un côté extrêmement énergique et folklorique à la danse. Vous entendez beaucoup de « soran », « dokkoisho », « saa saa », « soré soré », « so ya sa », « wasshoi », … mais ces cris n’ont aucune signification. Chaque team a son propre thème et choisi son style de costume, cela peut être un yukata, un happi, ou des costumes bien plus travaillés avec de longues manches. Le yosakoi est très répandu au Japon. Ce style de danse unique se danse aussi bien par des étudiants que par des professionnels et anime les festivals en été.

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Yosakoi « Toriten »

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Le premier jour d’entraînement

J’étais accompagnée d’une camarade de classe qui voulait aussi intégrer un club. L’entraînement se passait exceptionnellement sur un parking mais a été annulé à cause de la pluie. Le leader nommé Tomonori et d’autres danseurs semblaient supers heureux de nous accueillir. Ils étaient déjà au courant que je voulais intégrer le cercle. Ils essayaient de parler anglais et nous posaient pleins de questions. Je pense que ça les amusait beaucoup. Nous, on leur répondait en japonais. On était le centre d’attentions, un peu comme des extra-terrestres qui débarquaient… c’était un poil embarrassant. Mon amie a finalement abandonné à cause des 9h de pratique par semaine. En effet, lorsqu’on avait comme projet d’intégrer un club ensemble, on ne s’imaginait pas qu’un tel niveau d’engagement était demandé. Je suis allée seule aux entraînements suivants.

 

La première vraie séance

Le vrai premier jour était très étrange. Quand j’ai ouvert la porte de la salle d’entraînement, tout le monde s’est retourné en s’exclamant « otsukaresama desu ! ». Je n’avais encore jamais entendu cette expression ailleurs que dans les animes. Il n’y a pas de sens en français, c’est une expression japonaise exprimée dans un contexte de travail de groupe. On pourrait la traduire par « beau travail », « merci pour le travail effectué ». Dans un contexte sportif, les membres et les équipes s’encouragent de cette manière. En repartant chez soi, on ne dit pas au revoir mais « otsukaresama deshita ».

Après cette première surprise, je me suis dirigée timidement vers les membres de l’équipe que j’avais déjà rencontré. On m’a indiqué le vestiaire pour me changer. Tous les membres étaient très jeunes par rapport à moi. La salle était une sorte de grand et vieux gymnase avec une scène.

Une fois en tenue de sport, je me suis placée pour la séance d’échauffement. La séparation fille/garçon était évidente. On était placé en colonnes face à la scène, les filles à droite (le vestiaire fille se trouvait à droite) et les garçons à gauche. L’ambiance était cependant détendue. On était une trentaine, tout le monde papotait. Je n’étais pas très à l’aise, je ne savais pas quoi dire à part me présenter à ceux qui croisait mon regard. En plus, mon prénom est assez compliqué à comprendre pour les étrangers. Alors j’ai fini par demander de m’appeler « Laeti », plus simple.

Les deux leaders se sont placés en hauteur sur la scène et ont commencé la séance d’étirement. Ça durait une vingtaine de minutes. On s’étirait seul puis en binôme mais les filles et les garçons ne se mélangeaient pas. Il semblait y avoir tout un rituel installé. Le système de comptage était aussi un peu différent de ce que j’avais l’habitude d’entendre. D’ailleurs, c’était une façon très rigolote de compter. Les deux leaders commençaient par « 1, 2, 3, 4 » (ichi, ni, san, shi) et tout le monde répondait « 5, 6, 7, 8 » (go, roku, shichi, hachi). Les chiffres à plus d’une voyelle étaient abrégés. Ça sonnait comme une chanson. (Des fois, ça me restait en tête après les entraînements)

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Petit à petit, les filles venaient vers moi pour se présenter. Je me suis retrouvée pour la première fois noyée dans la langue japonaise et envahie par la peur de parler. J’ai très vite compris que l’anglais n’était plus ma langue de secours.

Après l’échauffement, on s’est mis à danser. Alors là, j’étais complètement paumée ! Tout le monde connaissait les pas et moi j’imitais désespérément derrière. Les chorégraphies étaient très énergiques et mettaient une super ambiance. C’étaient des danses collectives appelées « sô-odori », qui sont pour la plupart libres de droit et connues par un grand nombre de personnes. La plus populaire est « Nanshu Soran » et généralement apprise dès l’école primaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

Après la séance de sô-odori, le moment le plus gênant de la journée était venu. Le groupe s’était divisé en trois ou quatre petits groupes par ancienneté dans le club (1ères, 2èmes, 3èmes, 4èmes années). Un des « senpai » surnommé Achan (un étudiant plus ancien qui a le rôle de tuteur) (je vous expliquerai ce système hiérarchique plus bas) était visiblement désigné comme étant mon tuteur. Comme j’étais arrivée un peu plus tard par rapport aux débutants, j’avais manqué les bases du yosakoi. Il a passé la séance entière à m’enseigner une danse collective appelée « Freedom ».

J’ai dû apprendre en répétant après lui, sans connaître réellement les notions, les « codes » de cette danse. Je devais utiliser les naruko alors que je n’en avais jamais manié auparavant. J’ai trouvé ça très perturbant comme méthode d’apprentissage. C’était extrêmement difficile pour moi. Tout s’enchaînait vite, je devais apprendre très vite. Répéter des pas qui ne m’étaient pas naturels, coordonner les bras et les pieds tout en sautant et en criant, c’était mission impossible. Dix minutes après j’avais déjà oublié tout ce qu’on m’avait appris. J’étais vraiment larguée. Mais Achan a été très patient et a fait beaucoup d’efforts pour parler en anglais alors qu’il ne le parlait pas bien. J’étais désolée pour lui d’avoir à faire à une étrangère attardée ^^’ Je n’osais rien dire d’autre que « Oui je vais bien ». En réalité, j’étais en train de mourir… haha.

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A la fin, on s’est tous réuni assis en grand cercle pour faire le bilan de la séance. Le leader expliquait comment le mois allait se dérouler et quels événements ils préparaient. Il y avait beaucoup de choses que je ne comprenais pas. On m’a souhaité la bienvenue et j’ai pu enfin me présenter au groupe. Tout le monde semblait ravi d’accueillir une française dans l’équipe. J’étais cependant mitigée sur le fait de continuer. Je me sentais vraiment à la ramasse mais je ne voulais pas me baser sur un seul entraînement alors j’ai continué.

Ils m’ont intégré le soir-même dans la conversation de groupe sur l’application Line. J’ai reçu une avalanche de notifications haha. Achan m’a donné toutes les explications en anglais (Google traduis) sur le fonctionnement du cercle. Comme j’étais une étudiante étrangère, il a tout de suite compris qu’il fallait s’adapter à ma situation. Je ne pouvais pas m’investir comme un étudiant japonais et participer aux compétitions car j’étais déjà occupée par mon programme d’études. C’était aussi un gros investissement financier. Les déplacements et les frais d’inscription aux festivals étaient à nos frais. Le costume sur mesure coûtait 30 000 yen (environ 230€) ! Je ne pouvais pas me le permettre. Alors je me contentais de suivre les entraînements deux à trois fois par semaine et participer qu’aux festivals à Oita. J’ai payé uniquement les frais d’adhésion et la location de la salle tous les mois. Tout le monde était compréhensifs et moi ça m’a soulagé ! C’est ainsi que j’ai intégré Oita Daigaku Yosakoi « Toriten » (大分大学よさこい 『獲天』).

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Les entraînements pendant un semestre

Au fur et à mesure, je m’habituais au rythme des entraînements. Mais à chaque séance, on apprenait une nouvelle danse. Cette fois l’apprentissage était commun et on révisait les bases comme le maniement des naruko.

Trois heures d’entraînement était parfois très long et le climat devenait de plus en plus lourd et humide. J’ai une fois fait un malaise à cause de la chaleur. Tout le monde était au petit soin avec moi, c’était adorable. Plus les semaines passaient plus je vivais le yosakoi. J’avais l’impression de ne faire qu’étudier et danser. Ce second semestre avait clairement pris une tout autre tournure par rapport au premier.

Entre les entraînements et les conversations Line, j’étais complètement baignée dans la langue. A chaque séance, je mettais en pratique ce que j’avais appris en cours. Mais mon niveau restait faible et j’étais très timide. J’avais peur de faire des fautes alors je parlais peu. Je ne pouvais pas communiquer en anglais avec eux, personne ne maîtrisait la langue. Alors je restais surtout très attentive à ce qu’ils disaient. J’observais beaucoup, parfois j’étais un peu à l’écart. J’étais très frustrée de ne pas pouvoir participer aux conversations, il y avait une super cohésion dans le groupe et ils avaient l’air de bien s’amuser.

Mais tout le monde a été bienveillant et se souciait de moi à chaque entraînement. En pause, il y avait toujours Hina qui venait discuter avec moi. Elle parlait un tout petit peu anglais, c’était l’une avec qui j’avais plus d’affinités. Lors des étirements, il y avait toujours un exercice qui faisait souffrir tout le monde et que je n’arrivais pas, alors les filles à côté de moi m’encourageaient « Ganbatte Laeti! » *tout en souffrant elles aussi*. Ça amusait toujours tout le monde. Pendant les répétitions, les senpai me répétaient toujours « si tu ne comprends pas les pas, demande moi ! ». J’étais un peu la petite mascotte.

Mes moments préférés de ces journées étaient le soir en prenant le train pour rentrer. On était un petit groupe de filles à prendre le même train, c’était l’occasion de se connaître plus et de tisser des liens. Les filles me posaient toujours un milliard de questions et on racontait toujours nos vie en dehors du yosakoi. Je me souviens des fous rires qu’on se tapait avec Manami, c’était la petite comique de la troupe *nostalgique*.

 

Les choses sérieuses commencent

A partir du mois de mai, les leaders ont composé la nouvelle danse originale de Toriten. Elle était magnifique et j’étais fière de pouvoir l’apprendre. C’était la danse qu’ils allaient présenter en festival et compétition. Les jours devenaient les mêmes :

  • Arrivée à l’entraînement « otsukaré ! »
  • Étirements (exactement les mêmes étirements tous les jours)
  • Entraînement de naruko
  • Entraînement de quelques nouveaux mouvements présents dans la nouvelle choré
  • Un ou deux sô-odori (ceux provenant de Kyushu)
  • Pause de 10-15 min,
  • Apprentissage de la danse originale
  • Deux pauses de 10 minutes
  • Réunion de fin de séance, « otsukaresama deshita ».

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L’été était de plus en plus chaud. Les deux gros ventilateurs installés dans la salle ne suffisaient pas pour nous rafraîchir. Pour ceux qui se posent encore la question, je vous l’affirme ici : oui, les Japonais transpirent ! 😀 Il faisait tellement chaud que parfois je ne pouvais pas terminer un entraînement, j’étais obligée de m’asseoir sinon je risquais encore de faire un malaise. Je me demande encore comme j’ai fait pour survivre à l’été japonais.

Je ne pouvais pas me rendre à tous les entraînements à cause des devoirs et des évaluations. Je faisais de mon mieux à chaque entraînement, je me donnais à fond mais ce n’était pas suffisant pour rattraper mon retard. En plus, on me changeait tout le temps de position dans la formation. A chaque fois je devais remplacer un absent pendant les répétitions. Comme il y avait beaucoup de cascades et de mouvements différents entre les uns et les autres, c’était un vrai calvaire pour tout retenir. Je commençais à en être vraiment agacée. Je pense qu’ils ne se rendaient pas du tout compte de la difficulté qu’ils me rajoutaient.

J’apprenais beaucoup par imitation. Les Japonais ont une très grande faculté d’apprentissage. C’est impressionnant de voir la vitesse à laquelle ils apprennent une discipline. Parmi les débutants, personne n’avait fait de yosakoi auparavant et pourtant j’avais l’impression qu’ils en avaient fait toute leur vie. Quelques-uns avaient un job étudiant, donc il y avait toujours des absents aux entraînements. Et pourtant, même s’ils n’étaient pas assidus, ils étaient sacrément doués. Quand on décomposait la chorégraphie et qu’on répétait étape par étape, j’arrivais à être au même niveau que tout le monde. Mais quand il fallait tout assembler, là j’étais vraiment à la traîne. Je me sentais nulle.

Mais la bienveillance de chacun me donnait de la force et de la motivation. Dès que j’étais en difficulté, les senpai venaient vers moi pour me corriger. J’avais le droit à des petits cours particuliers dans un coin de la salle pendant que les autres répétaient de leur côté. Je n’hésitais pas aussi à demander des explications sur certains mouvements. On m’aidait immédiatement jusqu’à ce que j’y arrive. Ils m’envoyaient aussi les vidéos des entraînements que je manquais pour que je puisses rattraper à la maison. A la fin de l’année, ils ont même accepté de rajouter exceptionnellement des créneaux dans la semaine rien que pour moi. J’étais vraiment très reconnaissante envers eux, je ne voulais pas les décevoir alors je me donnais à fond !  Je n’ai jamais vu une équipe de sport aussi soudée, j’étais fière de pouvoir en faire partie !

Quelques snap que je faisais pendant les entraînements:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous avons fait un petit show dans la cour de l’université. Je suis à gauche en noir!

 

 

 

 

 

 

J’ai participé à un seul festival de yosakoi qui se déroulait au milieu du mois d’août dans la ville d’Oita. C’était un peu comme mon spectacle de fin d’année, je retournais en France quelque jours après. Eux, ils enchaînaient les festivals tous les weekends partout dans Kyushu. J’avais appris la chorégraphie originale en 3 mois. Une semaine avant le jour-J, je ne la connaissais toujours pas bien. J’avais envie d’abandonner, je n’étais pas du tout prête. Mais avec toute l’énergie et le temps investis pour apprendre cette chorégraphie, il était hors de question de lâcher. Je l’ai fait pour moi mais surtout pour mon équipe ! Il était important de partager ce dernier moment de joie tous ensemble.

Le festival se déroulait le soir. Il faisait très chaud. Beaucoup trop chaud pour pouvoir danser. C’était ça qui me faisait le plus paniquer en réalité. Une des danseuses qui ne participait pas à ce festival m’a prêté son costume. Comme on changeait de costume pendant la danse, on devait enfiler deux couches ! C’était l’enfer. C’était la première fois que mes vêtements étaient trempés de sueur. J’avais l’impression d’avoir pris une douche habillée, j’en avais honte mais je n’étais pas la seule dans cette situation. On était même obligé de s’arroser avec des bouteilles d’eau qui étaient à disposition pour les danseurs. Ce jour-là, plusieurs équipes de la préfecture d’Oita étaient présentes. Il y avaient des équipes composées de seniors, d’étudiants mais aussi de jeunes enfants. Toutes les générations étaient réunies et toutes les équipes partageaient cette passion forte pour le yosakoi. L’ambiance était très conviviale. Avant que chaque équipe présente sa chorégraphie devant le jury, nous nous sommes tous mélanger pour danser des danses collectives (sô-odori). Je me suis éclatée ! On criait tous des cris de guerre, on s’envoyait plein de joie et d’énergie. C’était aussi amusant de voir que chaque équipe avait son propre style. J’étais la seule étrangère mais je sentais intégrée voire adoptée par cette culture si différente de la nôtre. Je n’étais plus observatrice mais participante. Je donnais et je recevais.

Si vous avez la possibilité de participer à un festival de yosakoi au Japon, vous verrez c’est thérapeutique. Ça vous revitalise, vous ne pouvez qu’être heureux après ! 

 

L’ouverture du festival

 

 

 

Ils étaient trop stylés !

 

 

 

 

Le cercle de Yosakoi de APU de Beppu. J’aime beaucoup leur style ethnique !

 

Avant de présenter notre chorégraphie, j’étais en panique totale. En attendant notre tour, tout le monde m’encourageait et me prenait dans ses bras. Au moment où on s’est réuni en cercle pour faire notre cri d’équipe, ils ont tous crié « LAETI ! GANBATTE !! » (« bon courage »). J’avais envie de pleurer :’D Ça m’a donné une patate d’enfer. Je n’avais jamais ressentie une telle énergie pendant les entraînements. Mon cœur battait la chamade durant toute la performance. Je n’étais pas au point mais j’avais progressé. Si j’étais restée deux mois supplémentaires, je pense que j’aurais assimilé tous les pas. J’avais tout donné et je me suis énormément amusée.

 

 

 

 

 

 

 

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La vidéo de notre performance. On me remarque tout de suite, j’ai une seconde de retard :’D

 

 

Senpai et Kohai

Comme je l’expliquais un peu plus haut, il y a un système hiérarchique ancré dans la culture japonaise : les senpai et les kohai. Un senpai est un étudiant « supérieur » par son ancienneté. Il agit comme un tuteur auprès des plus jeunes, les « kohai ». Un kohai est un novice et se place sous l’autorité d’un senpai. Les 1ères générations de mon équipe étaient souvent appelé « senpai » ou « prénom-senpai ». Sauf quand le senpai avait déjà un surnom (comme Achan). Tout dépend du caractère du senpai je pense et de l’historique avec les membres. Sinon, les étudiants utilisent très souvent le suffixe « -san ». Les suffixes « -chan » et « -kun » sont aussi utilisées mais tout dépend des affinités. Moi, j’étais spéciale. J’étais « Laeti ». Si on suivait ce système hiérarchique, j’aurais été une senpai. J’étais la plus vieille et étudiante en master. Les leaders avaient 4 ans de moins que moi et étaient tous étudiants en licence. Mais personne ne m’appelait « senpai » car j’étais étrangère et j’étais débutante en yosakoi. Il m’arrivait d’utiliser le suffixe « -san » avec les étudiants mais ça restait rare. C’était pas du tout naturel pour moi et encore moins l’utilisation des suffixes « -kun » et « -chan ». Je l’utilisais parfois quand le prénom portait à confusion avec un mot japonais ou anglais ou quand la conversation était un peu plus sérieuse. Par exemple, une amie s’appelait Yuu, tout le monde croyait que je disais « You » en anglais. Comme j’avais du mal à corriger ma prononciation, l’utilisation du suffixe « -san » m’était devenu indispensable.

 

 

Une très bonne manière de s’intégrer

Cette équipe a été ma plus belle rencontre au Japon. Même si je n’avais pas un haut niveau de japonais, je me sentais intégrée dans l’équipe. Il y avait une véritable harmonie dans la troupe. Personne ne cherchait à se démarquer par rapport aux autres, il y avait beaucoup de respect entre tous. Il n’y avait pas de pression de la part des leaders. Si on manquait un entraînement, ce n’était pas grave, les études étaient primordiaux. Si on ne se sentait pas prêt pour participer à un événement, ce n’était pas grave non plus, il valait mieux prévenir et ne pas s’accabler de stress. La santé avant tout. On faisait comme on pouvait et tout le monde faisait de son mieux pour former une équipe harmonieuse. Tout le monde se faisait confiance et ils me faisaient confiance, je pouvais le ressentir.

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Les senpai avaient tous des responsabilités, ils étaient l’équivalent d’un conseil d’administration dans une association. Par exemple, Sayaka et Ayane étaient chargées d’organiser les cadeaux anniversaires et les sorties restaurants. On fêtait tous les anniversaires, ça en faisait beaucoup d’ailleurs. Des fois, on devait écrire des petits mots sur des petits papiers qu’elles collectaient, des fois elles préparaient des petites mises en scène. Tout ça se faisait au débriefing à la fin des entraînements.

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Mon anniversaire est le 4 août et je retournais en France le 29 août. Lors de mon dernier entraînement autour du 20 août, pour mon anniversaire et mon départ, les quelques membres qui n’étaient pas partis en vacances m’ont chanté une chanson. Je ne m’y attendais pas du tout. J’ai fondu en larmes, je n’arrivais plus à m’arrêter de pleurer. Je ne voulais pas repartir, je ne voulais pas me séparer d’eux. Ils ont aussi tous écrit pleins de petits mots sur une grande feuille. J’étais si émue que je n’arrivais même plus à m’exprimer quand je devais les remercier pour tout ce qu’ils ont fait pour moi.

Je les aime très fort. Ils ont rendus mon voyage exceptionnel. Ces souvenirs avec eux sont inoubliables. Ils m’ont appris beaucoup de choses. Plus je passais des heures avec eux, plus je me sentais « Japonaise ». Le retour en France a été un réel choc culturel après une telle expérience.

C’était un grand privilège d’intégrer un club au Japon. Si vous le pouvez, saisissez l’occasion. D’après quelques témoignages que j’ai entendu, je vous conseille de viser les sports collectifs pour l’esprit d’équipe. Il y a apparemment une meilleure ambiance que les clubs de sport individuel comme les arts martiaux qui sont plus exigeants sur la performance individuelle et peuvent se montrer moins patients avec les débutants étrangers. Je vous conseille de lire l’article de Béné no Fukuoka qui a intégré la troupe de yosakoi « Nagare » de Fukuoka et parle de son expérience. Un autre article de deux anciens étudiants nantais qui parlent de leur expérience en cercle et club à l’université de Niigata.

 

(C’était cette chanson qu’ils m’ont chanté !)

 

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Petite surprise sur la conversation Line pour mon anniversaire

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Le Yosakoi en France et en Europe

Quelques mois après mon retour en France j’ai pu continuer la pratique en intégrant Yosakoi Paris Hinodemai où je suis complètement épanouie.

Le 8 juillet 2018 s’est déroulé le premier plus grand show européen de yosakoi à Japan Expo, Yosakoi European Show. 80 danseurs venus de Bordeaux, de Nantes, du Japon, de Londres, des Pays-Bas et de Paris ont transmis joie, énergie et passion sur scène. Une belle aventure pour le yosakoi commence en Europe !

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Une réflexion sur “Mon expérience dans un cercle de sport universitaire au Japon

  1. Merci de la mention ❤
    Je pense que tu es très bien tombée avec Toriten ! Ils ont l'air super sympa et leurs danses sont chouettes. C'est dommage qu'on ne se soit pas croisées sur un festival, j'aurais adoré qu'on prenne une photo et te voir danser !!

    J'aime

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